Terowongan Casablanca

The Indonesian movie massacre.

Reva, c’est un type bien. Le genre à convaincre sa copine – Astari - de faire l’amour avant le mariage. Le genre à la persuader de laisser tomber les préservatifs. Le genre à l’abandonner une fois qu’elle est enceinte ; et même d’impliquer son paternel dans sa couardise. Celui-ci lâche quelques biffetons à la belle en guise d’implication familiale et prétexte un départ fumeux à l’étranger pour son rejeton, et hop, on passe à autre chose. Le temps passe, et Astari – ou plutôt sa copine Fitri – parvient à remettre la main sur le courageux Reva – qui ne s’appelle pas Manu, désolé. Étant donné que la miss ne veut pas lâcher l’affaire de la paternité, il la saoule au Jack Daniel’s et, avec quelques copains, l’emmène dans la jungle, chez une certaine Madame Pandansari dont la demeure est gardée par un tout petit nain flippant. Ça ne présage rien de bon ; d’ailleurs, même si le film fait un sacré bond dans le temps, on comprend rapidement que Reva, qui partage désormais l’intimité de Nes - trop belle pour lui en plus de porter le nom occidental d’une console de légende – est persécuté, ainsi que ses potes de toujours, par le fantôme d’Astari. Et Astari, ça ressemble pas mal à Atari, ce qui fait deux points pour les jeux vidéos, et toujours rien pour le film.

Ne cherchez pas, le score restera nul pour sieur Nanang Istiabudi, pourtant plus ou moins prophète horrifique en son pays. Terowongan Casablanca s’appuie soi-disant sur une légende urbaine de Jakarta : un tunnel hanté depuis les années 70 par un Kuntilanak. Aussi connu sous le nom de Pontianak, il s’agit de l’incarnation maléfique (ici forcément hirsute et dotée de lentilles électroluminescentes) d’une femme décédée en donnant la vie, capable de redevenir une femme magnifique si on lui enfonce un clou dans la tête. En attendant, l’esprit vengeur sent la frangipane [1], provoque des accidents, des castrations et des fausses couches, mange des bébés et dort dans un bananier. Tout ça n’est pas dit dans le film bien sûr – pourtant c’est vachement intéressant - puisque le réalisateur veut se la jouer implicite.

Pas explicite en tout cas, c’est certain ; mais Nanang Istiabudi n’est pas David Lynch ou même Joseph Parda, et se contente donc d’abuser sévèrement de l’ellipse pour improviser un film ahurissant de nullité. L’exposition de Terowongan Casablanca est flippante, quasiment impossible à suivre avec ses transitions inexistantes, super mal jouée et atterrante sur le plan humain. Non mais franchement, Astari, abandonnée depuis six mois, qui accepte de se boire une bouteille de Jack cul sec en compagnie du traitre, en le prévenant que c’est la dernière fois parce qu’elle ne veut pas faire de mal à son bébé... Face à la demoiselle, pas vilaine mais vraiment novice en matière d’interprétation, Reva est plus qu’une endive. D’ailleurs je respecte trop les endives pour leur infliger la comparaison. Reva est plutôt un salsifis. Bon faut dire qu’il n’y a pas des millions de façon de jouer la surprise, quand la mécanique horrifique du film se limite à faire apparaître, toutes les deux minutes, un Kuntilanak dans le cadre - tantôt rouge tantôt blanc, mais c’est bien là la seule variation. Ah non je suis injuste : parfois le fantôme flotte, parfois il vole, parfois il est assis dans un escalier, parfois dans une baignoire. C’est un peu le carnet de vacances de Kuntilanak à Jakarta, en fait, puisqu’il y a même sa maman dans le lot.

A l’exception de la charmante Nes, suffisamment jolie pour être qualifiée d’endive cuite, les acteurs sont tous affligeants. La réalisation est affligeante. Les rebondissements sont affligeants. Mais il y a quand même un nain, des bébés tous nus qui pleurent et terrorisent Reva dans une petite grotte onirique, un bébé qui rampe au plafond, un bébé mort dans un sac poubelle, une précieuse leçon de nourriture post-mortem (les bébés décédés mangent des pattes de poulet) et enfin un message final qui demande - en toutes lettres pour le coup - aux spectateurs d’assumer la responsabilité de leurs actes, et qui laisse entendre que d’étranges évènements survenus pendant le tournage nourrissent la légende. Quant à savoir pourquoi Astari glande encore à Casablanca alors qu’elle est morte à des kilomètres de là, nada. Mais c’est pas grave : on est vraiment content quand le film s’arrête, même si son aptitude à définir un nouveau néant cinématographique a de quoi laisser hilares les spectateurs les plus ouverts.

Akatomy | 30.10.2008 | Indonésie

Au cas où : Terowongan Casablanca est disponible en DVD malais sous-titré anglais.

[1La fleur du frangipanier et non la pâte, même si les deux possèdent une odeur similaire. D’où la similitude dans le nom, vous voyez ?

aka Casablanca Tunnel | Indonésie | 2007 | Un film de Nanang Istiabudi | Avec Asha Syara, Ardina Rasti, Nino Fernandez, Aldiansyah, Jupiter Fortissimo, RAy Sahetapy, Margie, Fivey V, Ki Joko Bodo, Titi Qadarsih, Donny Arifin, Ade Constantia, Farhad Dath, L. Bon Bon Novel, Gadis Nindya, Roberto T. Susalit
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