The Japanese Wife Next Door

Il voulait juste se marier...

Réduit au célibat après quatre ans de marivaudage, Takashi Ichinose accepte la proposition de ses collègues, de participer à une soirée de rencontres. Que n’y trouve-t-il pas, le bienheureux, non pas une, mais deux chaussures à son pied ! De Sakura et Ryoko, c’est la première, plus entreprenante, qui l’emporte, prétextant l’ivresse pour dérober Takashi à l’assemblée, et l’emmener dans un hôtel. Le coup de foudre qui s’en suit est intensément charnel et, six mois plus tard, les tourtereaux ont la bague au doigt. Sakura s’en vient chez les Ichinose pour vivre aux côtés de la sœur de Takashi, de son père et son grand-père. C’est dans cette humble demeure que l’on découvre rapidement que Sakura, femme au foyer modèle, est aussi, du haut de ses sympathiques bonnets, une insatiable nymphomane. Sex toys, vaseline, attirail SM et intrusion dans les orifices de son homme sont de mise quotidienne, tant et si bien que Takashi, épuisé, en devient impuissant. Et que la généreuse Sakura décide donc de partager son appétit avec les autres membres de la familles, qu’ils soient veufs et masculins, ou simplement frustrés et féminin. Eh oui : Ryoko, éconduite, n’avait pas eu le temps de dire à Takashi, que le surnom de celle qu’il lui a préférée n’était autre que « le trou noir » !

Si Yutaka Ikejima est surnommé Mr Pink, ce n’est aucunement en rapport avec Reservoir Dogs, mais plutôt parce qu’il est l’une des figures incontournables du pinku eiga : depuis ses débuts devant une caméra rose en 1981, le bonhomme a incarné pas moins de cinq cent rôles. Et en vingt et quelques années, il a réalisé plus d’une centaine de films, s’appuyant généralement sur la plume de sa femme Kyōko Godai pour jouer avec nos fantasmes. C’est d’ailleurs le cas pour The Japanese Wife Next Door et sa suite ; ou devrait-on dire, son alternative. Le double programme produit sous l’égide de la Shintoho, plutôt que de créer une continuité dans sa débauche érotique, se propose en effet d’étudier deux possibilités : le mariage de Takashi avec Sakura pour le premier opus, et Ryoko pour le second. La première hypothèse, qui nous intéresse aujourd’hui, aboutissant à quelques très provocatrices pellicules qui, d’une certaine façon, trouveraient en le Visitor Q de Miike un voisin de chambrée approprié.

The Japanese Wife Next Door, comédie outrancière et très cochonne, se positionne au croisement improbable du softcore quasi incestueux, et de l’ode bon enfant à l’unité familiale. Sakura, femme au foyer, est aussi et avant tout la femme du foyer, désireuse d’apporter à la famille de son mari une stabilité, très partagée, qui ne saurait ignorer la satisfaction sexuelle. Entre l’hystérie kawai d’une ménagère perfectionniste, et l’abandon à une libido dévorante, sans favoritisme de genre ou d’âge, l’actrice AV Reiko Yamaguchi - la façon qu’elle a, goulue, d’embrasser une partenaire féminine est assez révélatrice de ses origines - incarne une sexualité, à la fois naïve et perverse, qui est essentiellement positive. Soit, elle propose de coucher avec le grand-père de son mari (un personnage haut en couleurs qui aime prendre le spectateur à partie) pendant que sa belle-sœur s’autosatisfait à leurs côtés ; va même jusqu’à s’offrir toute la famille en même temps en chevauchant son mari désespéré, recrachant la jouissance de son grand-père à son visage. Mais ces tabous brisés avec insolence s’accommodent à merveille d’une honnêteté grivoise, à reconnaître la frustration sexuelle comme l’un des grands maux de nos sociétés contemporaines - doublé d’un secret de polichinelle au sein de la cellule familiale. N’en déplaise à Takashi, quelque peu rétrograde selon Ikejima, Sakura est un remède désarmant à la morosité et l’hypocrisie.

Désarmante, certes, mais Reiko Yamaguchi elle, est loin d’être désarmée. Sa poitrine, pour le moins remarquable dans le paysage peu vallonné du pinku eiga, offre beaucoup de volume et de dynamique aux frasques incessantes du film, qui jouent, plus que la carte du softcore, celle du faux hard. Si tout est ici simulé - du moins nous l’assure-t-on -, les flous faussement pudiques qui masquent les sexes artificiels du film contribuent en effet à rendre The Japanese Wife Next Door bien plus cochon qu’il ne l’est en réalité, amplifiant dans le doute qu’il suscite, la nonchalance provocatrice de ce partage exacerbé. Un trouble volontaire qui entérine, aussi, la force paradoxale d’un dispositif de censure, qui garantit l’érotisme par delà la représentation de l’acte sexuel, réel ou simulé mais toujours partiellement mystérieux et fantasmé. Quoiqu’il en soit, le plaisir que l’on prend à voir la famille Ichinose renaître dans une certaine destruction, s’affirmer au contact généreux de Reiko Yamaguchi et dans le mépris de bon nombre de valeurs ancestrales, n’a pour sa part rien de simulé - ou dissimulé !

Akatomy | 3.12.2010 | Japon

The Japanese Wife Next Door est disponible en DVD au Japon, sans sous-titres, mais aussi et surtout aux USA, sous-titré anglais, chez Pink Eiga. On ne peut pas dire que l’image, même pas anamorphique, soit très jolie, mais l’édition compense par une bonne humeur qui fait écho à celle à l’œuvre dans le film. L’interview de Reiko Yamaguchi par Yutaka Ikejima notamment, révèle une actrice bien plus belle dans un certain naturel que dans le film, mais tout aussi décomplexée que son personnage !

Japon | 2004 | Un film de Yutaka Ikejima | Avec Reiko Yamaguchi, Naohiro Hirakawa, Kôji Makimura, Kikujirô Honda, Lemon Hanazawa, Kaoru Akitsu
Solo, Solitude
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