Anatomia Extinction
Learn from the rats !
Avant de réaliser son premier long-métrage en 2008, le démentiel Tokyo Gore Police, feu Yoshihiro Nishimura1 s'était fait la main sur de nombreux courts-métrages, mais s'était surtout fait remarquer en signant les effets spéciaux impressionnants de Suicide Club, Meatball Machine et autre The Machine Girl. C'est d'ailleurs à la suite de son travail sur ce dernier, aux côtés du réalisateur Noboru Iguchi, que Media Blasters suggère à Nishimura de faire son propre film. Il décide alors de réaliser un remake de l'un de ses premiers moyens-métrages, Anatomia Extinction, primé à Yubari en 1995, qui deviendra donc Tokyo Gore Police. Grâce au superbe travail de l'éditeur américain Error 4444, c'est à Anatomia Extinction que nous allons nous intéresser aujourd'hui.
Un homme aux cheveux blonds peroxydés se dresse dans la foule, subit l'oppression de cette dernière au point d'en être malade, pendant que la police de Tokyo, privatisée pour répondre aux enjeux de surpopulation et de contamination de l'air, égrène à la radio les statistiques de saturation des différents quartiers de la mégalopole, dans son congestion update. A la télé, une speakerine évoque pour sa part l'augmentation des meurtres dus, en toute probabilité, au stress urbain, et notamment les meurtres en série de l'Anatomia Killer dans le métro. Notre blondinet va croiser ce dernier, être témoin de l'un de ses meurtres, l'affronter, et en ressortir infecté par une graine plantée dans son avant bras, capable de modifier son organisme pour le mettre au service, à l'image des rats qui supportent mal la saturation de leurs colonies et s'en occupent eux-mêmes, de la réduction de la population humaine.
Difficile de ne pas penser à Shinya Tsukamoto dans ces images du rat choisi – surnom donné par l'Ingénieur au héros d'Anatomia Extinction -, immobile dans un Tokyo qui vibre dans les miroitements de chaleur, ou encore dans les déplacements rapides de la caméra en milieu urbain au son d'une musique techno ultra-rythmée... Nishimura partage ici avec Tsukamoto la même approche oppressante de la mégalopole et de sa capacité à agir sur les corps au point de les transformer, et si Anatomia Extinction annonce déjà les délires à venir du réalisateur, il marche clairement - dans sa thématique, sa musique, ses couleurs, son montage - sur les traces des deux premiers Tetsuo.
Ce qui n'empêche pas Anatomia Extinction de dessiner l'esthétique propre à son auteur, de préfigurer sa passion pour la contamination, les mutations et la perversion des chairs et organes – et son approche de l’érotisme, aussi. Contrairement à Tokyo Gore Police, c'est un simple salaryman qui est victime de l'Ingénieur et non pas un des membres des forces de police (emblématique et merveilleuse Eihi Shiina), et il n'y a pas ici de backstory pour le personnage, mais bon nombre de séquences et de plans seront tout de même repris quasiment à l'identique dans la version beaucoup plus riche de 2008 – comme Nishimura l'analyse d'ailleurs dans l'un des suppléments de l'édition Error 4444.
Si ces comparaisons sont très intéressantes, entre l’original et sa mutation parfaitement aboutie, il n'est pas nécessaire de se référer à Tokyo Gore Police pour rendre à Anatomia Extinction sa place méritée dans le cinéma indépendant cyberpunk nippon, aux côtés des œuvres contemporaines, plus connues, de Tsukamoto et Shozin Fukui (964 Pinocchio, Rubber's Lover). L'univers construit par le film presque uniquement au travers de ses statistiques radio en off, et de son JT qui dérive progressivement (ne fut-ce que dans la perception du héros) vers l'encouragement au meurtre pour réduire la population du pays de deux tiers, est un modèle d'économie et d'efficacité de contexte, tout comme la mise en scène de ses mécanismes d'oppression et de contamination. Et la singularité de ses créatures et dérives porte déjà en elle la graine du génie mutagène de Yoshihiro Nishimura.
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Yoshihiro Nishimura est décédé en mai 2026 à l'âge de 59 ans. ↩
Anatomia Extinction est disponible en Blu-ray (toutes zones) chez l'éditeur américain Error 4444. En suppléments, une introduction et un commentaire audio du réalisateur, un générique en synthèse de ouf supprimé, une comparaison entre le film et son remake, et surtout un incroyable court-métrage, plus récent, de Nishimura : Yellow Road. Dans ce délire teinté de Magicien d'Oz datant de 2016, le réalisateur met en scène un combat urbain génial entre une aveugle et ses trois-poursuivants, porteurs du même handicap, qui ont besoin des dalles jaunes d'une bande d'éveil de vigilance (j'ai vérifié, c'est le terme officiel!) pour pouvoir combattre en toute sécurité.
















