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Japon

Colonel Panics

aka カーネルパニック | Japon | 2016 | Un film de Cho Jinseok | Avec Suguru Minami, Satomi Hiraguri, Tia Bejean, Sasa Handa, Ysusuke Miyawaki

« La vie est un rêve mensonger. Elle ne réveille que ceux qui rejettent le monde. »

Kaito, journaliste pour un magazine nationaliste, est un auteur frustré, lauréat d'un prix pour une nouvelle de jeunesse qui vit mal le succès de romancière de Kuniko, ex de la même époque révolue. Nagisa, développeur freelance, est en charge de la correction des bugs du jeu de réalité virtuelle Level 4. La réalité virtuelle de Nagisa, dans le futur, serait-elle celle, très peu ludique, de Kaito, dans le Japon d'aujourd'hui ?

Tout, dans Colonel Panics, est affaire de virtuel. Entre les protagonistes et leur désir, il y a toujours une interface : un sex toy pour hommes, des costumes de role play, un casque VR... Entre Nagisa et Kato, incarnés par le même acteur, il y a l'interface du jeu, tandis qu'entre Kato, les femmes et le monde, il y a l'interface de la frustration. Les relations humaines dans le film restent donc toujours virtuelles, que ce soit dans le sens du fantasme ou dans celui de l'artificialité, physique (le mensonge) ou numérique (le jeu). Pour compléter le tableau, Colonel Panics rajoute le déni dans lequel baigne professionnellement Kato, dans son tabloïd d'extrême droite qui réfute la réalité des femmes de réconfort coréennes pendant la Seconde Guerre Mondiale. Un déni qui est une interface de plus, entre la réalité et l'Histoire, et qui permet à Kato de structurer son fantasme d'officier impérial violant une prisonnière, avec la prostituée Yumi. Sa seule, et factice, relation physique. Incapable de gérer la somme de ces virtualités, Kato basculera dans la violence. Tandis que Nagisa, qui regarde tout ça comme un jeu, ne se rend pas compte que Level 4 contamine Tomoki, gynoïde sexuelle qui est le pendant futuriste de Yumi...

Une histoire d'amour à plusieurs niveaux : entre un homme et une femme, entre un homme et une androïde, entre un homme et sa technologie, le tout teinté d'un discours politique sur les égarements nationalistes et sociétaux du Japon contemporain... C'est ainsi que Cho Jinseok, orphelin d'origine coréenne, présente le projet Colonel Panics, qu'il dédie au réalisateur Nagisa Ôshima. Le film tire son nom d'une dérive volontaire de l'expression Kernel Panic, qui désigne un bug informatique fatal pour un système. Le bug du jeu, dans le film, correspond sans aucun doute à la défaillance systémique de la société japonaise telle que Cho Jinseok la perçoit, machine à frustration incarnée de façon presque gênante par le visage de l'acteur Suguru Minami lorsqu'il joue Kaito. Frustration qui se résout dans une violence terrifiante...

Colonel Panics est un film difficile à aimer autant qu'à dénigrer : il est pertinent, original et souvent beau – tous les plans de l'actrice Tia Bejean en androïde dans un futur teinté de rose sont magnifiques ; la séquence du datamosh, fusion visuelle des instants sexuels partagés par Kaito et Yumi, possède une très réussie esthétique du glitch ; la musique de Fabrice Viel est excellente – mais il est aussi d'une rigueur critique très froide, qu'il est difficile d'apprécier. Et sa violence – qui bénéficie de l'incroyable travail de maquillage du regretté Yoshihiro Nishimura – est frontale, presque indigeste dans la tonalité de l'ensemble. Il s'affirme ainsi comme un pinku politique brutal – ce n'est pas le premier -, et rejette complètement la notion de divertissement d'ordinaire associée à l'érotisme. Un souci d'honnêteté de la part du réalisateur, qui ne sombre pas dans l'exploitation et nous place dans un véritable inconfort. Une réussite donc, d'une certaine façon, mais en forme de constat cyberpunk, hardcore et clinique.

Colonel Panics est disponible en combo Blu-ray + DVD chez Spectrum Films.
Remerciements tardifs à l'éditeur, puisque l'édition est sortie... en juin 2018 !

Akatomy, le vendredi 16 octobre 2026

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