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Corée du Sud

Colony

aka 군체 | Corée du Sud | 2026 | Un film de Yeon Sang-ho | Avec Jun Ji-hyun, Koo Kyo-hwan, Ji Chang-wook, Kim Shin-rok, Shin Hyun-been, Go Soo

Avant de quitter la Corée pour les US, Han Gyu-sung tente de pistonner son ex-femme Kwon Se-jeong, chercheuse taciturne, et de lui faire rencontrer le CEO de son entreprise. Dongwoori présente en effet les résultats d'une recherche révolutionnaire, inspirée des capacités d'apprentissage et de communication des blobs, permettant la régénération de membres invalides, et pourquoi pas des capacités de communication humaines similaires à l'esprit de ruche. Une fois la conférence terminée, Seo Young-chul, scientifique lésé par Dongwoori, met à exécution la menace énoncée auprès de la police de Seoul, de lancer une attaque bioterroriste contre le siège de l'entreprise. Porteur du remède de son virus, il injecte celui-ci au CEO, qui vomit aussitôt un liquide entre le mycélium et le myxomycète, et se transforme en zombie quadrupède ultra-agressif. La propagation est fulgurante ; le bâtiment est rapidement mis en quarantaine, et une poignée de survivants se retrouvent piégés dans sa galerie commerciale. Kwon Se-jeong comprend rapidement que les contaminés partagent une conscience collective, qui leur permet d'apprendre et évoluer...

Avec Colony, le réalisateur Yeon Sang-ho remet pour la quatrième fois le couvert du film de zombies. Depuis Seoul Station toutefois, plutôt que de resservir la même recette, Yeon Sang-ho s'efforce de donner à chacune de ses excursions dans le territoire des morts-vivants une saveur propre. Si Colony reprend l'approche d’actionner d'horreur de Peninsula, les non-morts n'y sont plus un contexte mais la force motrice, incarnation croisée et évolutive de la menace d'une noosphère1 en dérive numérique superficielle, et du machine learning qui a envahi nos vies...

Les premières séquences de Colony qui opposent le groupe dont Han Gyu-sung (Jun Ji-hyun) fait partie aux infectés du film sont absolument remarquables. Par l'intelligence de la caractérisation, Yeon Sang-ho rend explicite la nature de ses créatures, la façon dont, la bouche ouverte, figées dans un cri silencieux, elles uploadent/downloadent les nouvelles données de leur conscience partagée. Notre observation nous permet nous aussi de comprendre et apprendre, avant même que Han Gyu-sung explicite ses hypothèses, et d'anticiper l'enjeu premier du film : tromper cette intelligence plus ou moins artificielle, capable de changements d'échelles impressionnants mais pas toujours pertinents. L'affrontement dans Colony, est donc avant tout une course à l'apprentissage.

Et ça qui est génial parce que, de fait, le film est obligé par son postulat même d'évoluer en permanence. Alors que les idées esthétiques du film auraient pu donner plusieurs films différents, consacrés exclusivement à chacune d'entre elles, Colony renégocie en permanence sa dynamique d'opposition. A l'image de l'interprétation par les zombies de l'alliance motrice entre le gardien et sa sœur handicapée, erreur d'apprentissage qui, dans un trait de caractère très pertinent en termes d'IA, sert tout de même le résultat incarné par le collectif, le film se sert de chaque idée pour avancer vers la suivante, sans jamais donner l'impression d'une innovation gratuite. Il satisfait ainsi et relance du même élan notre attente de spectateur.

Hyper rythmé, Colony impressionne par ses idées et ses chorégraphies de déplacement, la pertinence de son propos, sa richesse visuelle... Son discours sur les dangers de la normalisation par l'image, ainsi que sur ceux de la centralisation du discours d'influence fait mouche presque sans que l'on s'en rende compte, au coeur d'un film dont l'ambition est tout de même avant tout de divertir - ce qu'il fait à merveille. Au passage, Yeon Sang-ho règle leur compte aux harceleurs, dépeint un super méchant très charismatique, et offre à Jun Ji-hyun un magnifique retour sur grand écran. Diantre, comme notre Sassy Girl a bien grandi !


  1. Concept de sphère de la conscience humaine, complémentaire à la géosphère et la biosphère. ↩

Sorti en mai 2026 sur les écrans français, Colony est disponible en Blu-ray et DVD en France chez ARP depuis le 30 septembre. Dommage que les suppléments de making of soient si courts (5 min en deux featurettes + un clip), pour un film à ce point technique !

Akatomy, le lundi 5 octobre 2026

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