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Hors-Asie

Dìdi

aka 弟弟 | USA | 2024 | Un film de Sean Wang | Avec Izaac Wang, Joan Chen, Shirley Chen, Chang Li Hua, Mahaela Park, Raul Dial, Aaron Chang

Été 2008, Bay Area, Californie. Après avoir fait exploser une boîte aux lettres et provoqué la colère de sa propriétaire, Wang Wang part en courant, mort de rire, avec ses amis. C'est avec cette vidéo YouTube que Sean Wang ouvre son premier film, Dìdi (« petit frère » en chinois). Dìdi, c'est Chris, aka Wang Wang pour ses deux amis Fahad et Soup, un ado de treize ans qui trompe l'ennui en attendant la rentrée au lycée, à coup de vidéos débiles, messageries instantanées, recherches Myspace et prises de bec gratinées avec sa grande sœur Vivian, à quelques semaines de son départ pour l'Université de San Diego. Des insultes terribles fusent dans un mélange de chinois et d'anglais, pendant les repas que les ados partagent avec leur mère Chungsing et leur grand-mère Nǎi Nai (incarnée par la propre grand-mère du réalisateurb!). Le père, lui, travaille à Taïwan pour financer la vie américaine de sa famille ; ce que sa mère, qui déplore la mauvaise éducation des enfants, aime à rappeler à Chungsing qu'elle considère comme défaillante. Chris évolue dans une communauté d'émigrés asiatiques d'origines diverses et autres métisses, rêve de faire du skateboard, et a un crush pour la charmante Madi. Mais l'ado cumule les maladresses dans ses échanges avec les autres...

Projet semi-autobiographique du réalisateur américano-taïwanais Sean Wang, présenté à Sundance en 2024 où il a notamment remporté un prix d'ensemble pour ses acteurs, Dìdi a sur le papier tout du coming of age classique. Au risque de divulgâcher le film, le propos de Dìdi n'est toutefois pas de sortir son jeune protagoniste de sa marginalisation, culturelle et sociale, ou de traiter de la condition des minorités asiatiques en Californie. Dans le contexte culturel qui fût partiellement le sien, Dìdi constitue avant tout un hommage, en forme de mea culpa, à l'amour, la compréhension et la résilience d'une femme : sa mère.

Chungsing, incarnée par une Joan Chen magnifique, est l'héroïne discrète de Dìdi. Malmenée par tous, sa passion pour la peinture – son rêve déchu – tout autant ignorée quand elle n'est pas raillée, elle encaisse, rend service, fait tourner la maison, et, surtout, offre un amour inconditionnel à ce garçon qui ne le lui rend pas très bien. D'ailleurs, lorsque les amis skateurs de Chris s'invitent chez lui pour dérusher les vidéos qu'il a tournées pour eux - s'affirmant réalisateur de skate alors qu'il n'a pas plus d'expérience derrière la caméra que sur la planche qu'il trimballe comme accessoire de mode -, l'un des gamins (un américain pur souche, blanc de surcroit) est le seul à prendre le temps de s'intéresser aux tableaux qui ornent la maison, à féliciter Chungsing pour son travail. La façon dont le visage de Joan Chen s'éclaire à cet instant, est à la fois triste et superbe ; mais son fils a tôt fait de la foutre dehors, avec un manque de respect qui déconcerte ses camarades, et marque la fin de son intégration dans le groupe.

Comme beaucoup d'ados, Chris se méprend sans cesse sur ce que les autres attendent de lui, sur ce qui est drôle ou pas, sur l'adoption des modes de communication... Il se sert habilement des outils numériques de l'époque – intégrés avec une fluidité exemplaire par le réalisateur, et préfigurant la prédominance des relations digitales à venir – pour se faire bien voir de Madi et des autres, mais oublie de se forger une identité propre, et échoue chaque fois qu'il est mis face à ses contradictions. Sean Wang filme ses erreurs à hauteurs d'adolescent, met en scène la mort drôle et terrible de l’écureuil (incarné par... Spike Jonze !) qui termine dans la boîte aux lettres explosée du début du film, capte des propos racistes insidieux (« t'es pas mal pour un asiatique ») et autres combats entre blancs et asiatiques, organisés pour le fun... mais, surtout, regarde Chungsing trouver la force d'opposer sa légèreté à la violence de Chris, lui faire confiance, et l'aimer, coûte que coûte, de tout son regard maternel. Si tout le monde dans le film est excellent, Dìdi doit donc selon moi beaucoup de sa réussite à Joan Chen – et sa dernière scène, silencieuse et sublime, montre bien que Sean Wang le sait.

Dìdi est disponible en Blu-ray & DVD en France chez Condor Entertainment. A l'heure où j'écris ces lignes, il est aussi sur Netflix.

Akatomy, le mardi 6 octobre 2026

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