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Hell Dogs (2022)
Japon

Hell Dogs

aka Hell Dogs – In the House of Bamboo - Hell Dogs : Dans la Maison de bambou - ヘルドッグス | Japon | 2022 | Un film de Masato Harada | Avec Junichi Okada, Kentaro Sakaguchi, Mayu Matsuoka, MIYAVI, Kazuki Kitamura, Shinobu Ôtake, Satoshi Kanada, Mai Kiryû

Goro Idezuki a passé dix ans à traquer les responsables d'un braquage de supermarché, dans lequel quatre femmes, parmi lesquelles une vendeuse dont il était épris, ont été exécutées. Lorsqu'il assouvit sa vengeance en tuant le dernier coupable, Goro est arrêté par la police. Nous découvrons alors son passé de policier, brisé par l'incident. En échange de sa liberté, le capitaine Anai propose à Goro une mission à la hauteur de sa violence appliquée : infiltrer l'organisation yakuza Toshokai, dont les deux factions se livrent une terrible guerre de succession. Goro, sous l'identité de Shogo Kanetaka, doit convaincre Muro, psychopathe du bras armé de la faction Kozu (et survivant d'une secte dénommée Veda pour les activités de laquelle ses parents ont été condamnés à mort) avec lequel Anai pense que l'ex-flic devrait bien s'entendre pour cause de folie similaire, de le recruter au sein des Hell Dogs, pour gravir les échelons de l'organisation. Un an plus tard, le duo Kanetaka / Muro est une implacable machine à tuer...

M'étant un peu éloigné des cinémas d'Asie ces dernières années, Masato Harada – malheureusement décédé en 2025 – fait partie de ces réalisateurs dont j'ai perdu la carrière de vue. Une injustice pour cet homme dont le Kamikaze Taxi (1995) trône au panthéon, ou du moins à la genèse, de bon nombre de cinéphilies asiatiques (dont la mienne), par ailleurs auteurs des classiques The Heartbreak Yakuza, Bounce Ko Gals, Inugami, The Choice of Hercules... Hell Dogs (2022) est son avant-dernier film, avant Bad Lands (2023 - auquel nous nous intéresserons prochainement).

L'introduction de Hell Dogs donne le ton du film avec une nervosité incroyable : l'exécution effectuée par Goro, son arrestation et enrôlement par la police, la première mission dont nous sommes témoins entre Kanetaka et Muro... Masato Harada ne s'attarde sur aucune de ces séquences, débite son contexte sans jamais omettre la lisibilité, et applique la même méthode à sa mise en scène des combats, parvenant à être spectaculaire et convaincant en seulement quelques coups – de poing, de pied, de pistolet, de marteau... Le mot clé de Hell Dogs, outre une certaine classe nonchalante, pourrait donc être l'efficience. Le film, tout du long, sera une œuvre précise, concise, de présence et d'impact.

La présence – n'en déplaise à un casting globalement de qualité, et des personnages secondaires sympathiques – c'est évidemment celle de Kanetaka. Impressionnant Junichi Okada, bien loin de son époque V6 (cf les Hard Luck Hero et Hold Up Down de Sabu) ; la classe nonchalante évoquée plus haut est la sienne, et le métrage puise sa prestance de l'incarnation toute en énergie et économie de l'acteur. Toute son attitude, qui rappelle parfois celle de Kitano à ses débuts, évoque une terrifiante fuite en avant, dégage une menace contradictoire, à la fois placide et explosive. Une scène du film notamment, exprime à merveille cette force. Pressentis pour devenir gardes du corps du patron de Toshokai, Toake (interprété par le chanteur/guitariste virtuose MIYAVI), Kanetaka et Muro doivent affronter d'autres hommes de main – les démolissant avant même que leurs adversaires aient pu assimiler la consigne, dans une magnifique et très brève explosivité. La suite de la sélection consistant à enfiler un gilet pare-balles pour se faire tirer dessus par Toake à bout portant, et prouver leur capacité à se battre après un tel choc... Une œuvre d'impact, je vous dis.

La contrepartie de la présence écrasante de Kanetaka, et de ce souci de concision, narrative et d'action, c'est qu'il flotte sur le reste de Hell Dogs une certaine superficialité. A force de ne montrer que le strict nécessaire pour déployer la violence et l'aura de son héros, le film perd une partie de sa consistance, et même le personnage de Muro devra attendre le dernier acte pour gagner un peu d'épaisseur, puiser implicitement dans la trame superflue de la secte Veda sa propension à perdre la raison. Le reste du temps, Muro est comme nous : impressionné par son partenaire. Les deux protagonistes féminins – une masseuse en quête de vengeance et l'amante de Kanetaka -, sont pour une fois les mieux loties de l'ensemble, mais palissent aussi face à la puissance du flic infiltré.

Classique dans l'histoire qu'il met en scène, Hell Dogs se démarque donc par une mise en scène à l’unisson avec le caractère de son héros : sèche et incroyablement efficace, sans fioriture, souvent impressionnante. Mais il lui manque un peu de ce supplément d'âme, surtout autour de la fraternité entre ses deux partenaires d'infortune, pour se hisser à la hauteur des meilleurs films de Masato Harada.

Sortis en salles au Japon uniquement, Hell Dogs est disponible à l'international sur Netflix.
Le roman d'Akio Fukamachi dont s'inspire le film est disponible en France sous le titre Les Chiens de l'enfer, aux éditions Atelier Akatombo.

Akatomy, le mardi 27 octobre 2026
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