Le Jeu le plus dangereux
Le professionnel.
Tueur à gages, Shohei Narumi est engagé par un puissant homme d’affaires pour sauver son gendre et collaborateur, objet d’un kidnapping. Il est la dernière victime en date d’une vague d’enlèvements touchant des hommes d’affaires dans le secteur de la finance. Il s’agirait en réalité d’un complot à propos d’un important contrat de défense, que deux sociétés se disputent. Au cours de sa mission, il recueille Kyoko, petite amie du bras droit mafieux de l’un des businessmen. Shohei Narumi se trouve plongé dans un marigot où se mêlent yakuza, policiers véreux et businessmen peu regardants.
L’une des premières séquences du Jeu le plus dangereux donne le ton : une voiture, un kidnapping filmé en plan-séquence depuis l’habitacle des ravisseurs, la caméra collée à l’action comme si elle n’avait pas eu le temps de demander la permission.
L’esthétique très chiadée des productions des studios Nikkatsu quelques années plus tôt apparait bien loin. Si les budgets de la Nikkatsu New Action étaient limités, elles disposaient des importantes ressources techniques des studios pour donner naissance à des films, dont la qualité de production impressionne toujours. En ces années 70, les studios et le cinéma japonais, confronté au succès de la télévision, ont perdu de leur superbe. Nécessité fait loi. [1]
Caméra à l’épaule et immersive, utilisation du zoom, tournage en extérieur… Le cinéma guérilla du Jeu le plus dangereux, né des contraintes financières de la production, confère au polar une énergie brute.
Ces qualités sont aussi ses limites et sa mise en scène confine parfois au brouillon, ce qui éloignera les spectateurs peu enclins à l’indulgence envers les tâtonnements du cinéma de genre.
L’énergie brute du film est incarnée par le charismatique Yusaku Matsuda, grand atout du film, qui incarne plusieurs facettes du cinéma des années 1970. Le 357 Magnum glissé dans un holster de poitrine à la Travis Bickle - Taxi Driver est sorti 2 années plus tôt - n’est pas qu’un accessoire : c’est l’arme fétiche de la décennie, consacrée par l’inspecteur Harry. A qui on pense également ici. Mais si, comme le personnage joué par Clint Eastwood, Matsuda possède lui aussi une dimension de franc-tireur et d’anarchiste, il lui insuffle un cool qui lorgne du côté de Steve McQueen, avec une dose de dérision en prime. Torse nu, Yusaku Matsuda se livre à quelques quelques figures d’arts martiaux, lorgnant du côté de Bruce Lee. Son physique athlétique est mis à contribution dans le film, comme son improbable poursuite à pied de la voiture des flics, qui ont enlevé Kyoko.
Quelques scènes de nudité parfaitement gratuites viennent pimenter cette production, dont la cible est par-dessus tout masculine. Ancien assistant réalisateur à la Nikkatsu, Toru Murakawa est passé à la réalisation en mettant en scène plusieurs romans-porno, avant de filmer Le Jeu le plus dangereux. Il est allé à bonne école pour tourner des films avec efficacité.
Le Jeu le plus dangereux de Toru Murakawa est disponible en Blu-ray chez Carlotta Films dans un box avec deux de ses autres films, Le Jeu de la mort et Le Jeu de l’exécution.
[1] La situation du cinéma japonais à cette époque fait l’objet d’un très intéressant livret de 64 pages de notre ancien collègue Dimitri Ianni, inclus dans le coffret.










