L'Infirmière
Ichiko est infirmière à domicile. Elle travaille principalement chez les Oishi, s'y occupe de la grand-mère, figure locale de la peinture en phase terminale de cancer, mais aussi des filles, Motoko et Saki, qu'elle aide avec leurs devoirs – Motoko, surtout, qui veut devenir infirmière elle aussi. Un jour, Saki, la cadette, disparaît alors qu'elle se rend à ses cours du soir. Lorsqu'elle est retrouvée quelques temps plus tard, saine et sauve, il s'avère que c'est Tatsuo, le neveu d'Ichiko, qui l'a enlevée et séquestrée. Sous l'influence de Motoko, dont l’infirmière ne perçoit pas l'affection, Ichiko tait son lien de parenté avec le coupable...
Il est intéressant de comparer le changement de focale déterminé par les différents titres de ce film de Kôji Fukada. De Profil en japonais (ou plus exactement Visage de profil), il devient Une fille disparue en anglais, et L'Infirmière en français. Le premier est assez vague, évoque un portrait sans objet défini, le second cible le fait divers, le dernier la protagoniste principale. Une protagoniste qui, elle, ne s'intéresse que peu, comme le film, à cette fille disparue, Saki, pivot et pourtant grande oubliée de ses enjeux humains. On pense un peu à Sham, et à la façon dont le film organise ses oppositions autour d'une prétendue victime à laquelle il ne s'intéresse jamais vraiment, dont il n'exprime jamais le point de vue. Il en est de même ici : l'enlèvement de Saki est avant tout le lieu de l'affirmation de Motoko, et, surtout, après le retour de la disparue, de son lien tacite – et incompris – avec Ichiko. Saki n'intéresse personne, si ce n'est dans le cadre des responsabilités et incidences de son enlèvement. C'est pourquoi moi, personnellement, j'aurais baptisé ce film Motoko.
Motoko – troublante et sans âge Mikako Ichikawa (Cutie Honey, Memories of Matsuko) – est ce sujet et objet du film qu'Ichiko échoue à connaître. L'infirmière, qui reste en surface de ses relations, aidante mais étrangement absente, aimable mais sans véritable empathie, est presque une sociopathe. Lorsque Mikako, pendant une sortie au zoo, évoque une émotion lesbienne de jeunesse avec une amie, enfermée dans un placard dans lequel Saki les a surprises, Ichiko ne saisit pas l'intention, ne retient que l'anecdotique, et raconte comment, quand son neveu était petit, elle lui a baissé le pantalon pour contempler son érection. Ichiko, qui ignore ses propres intentions, ne saisit pas ce que le geste comme son récit ont de déplacé. Et tout au long du film, si Ichiko est coupable, c'est d'erreur de jugement, d'incompréhension d'elle-même et des autres.
L'attention de Kôji Fukada elle, est explicite, et l'alternance entre deux époques du film et l'articulation autour du fait divers ne trompe pas sur le récit de cette histoire d'amour à sens unique, qui ne provoquera chez Ichiko que des réactions inappropriées, et construira toute l'erreur de l'autre narration, au présent, du film : celle de sa "vengeance". Le profil que le film dessine est tout de même probablement le sien, cette humanité dans le travail, sans profondeur, qui ne s'incarne jamais dans l'intime, et Mariko Tsutsui est excellente, mais c'est le carcan émotionnel de Motoko, incomprise ou méprisée, fût-ce à distance ou par proxy, qui résonne à la fin de L'Infirmière.
Sorti sur les écrans français en 2019, L'Infirmière est disponible en DVD chez Blaq Out, ou dans les coffrets édités par l'association Hanabi.

















