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Japon

La Lune s’est levée

aka 月は上りぬ, Tsuki wa noborinu | Japon | 1955 | Un film de Kinuyo Tanaka | Avec Mie Kitahara, Hisako Yamane, Kinuyo Tanaka, Chishū Ryū, Kō Mishima, Shōji Yasui, Junji Masuda, Miki Odagiri, Hiroshi Shiomi

Tous les grands cinéastes japonais ont fait appel à Kinuyo Tanaka en tant qu’actrice. Elle a traversé 50 ans de l’histoire du cinéma de l’archipel, débutant dans les années 20 au temps du muet pour terminer sa carrière dans les années 70 entre cinéma et télévision. Entre 1953 et 1962, bousculant la main mise des hommes sur le métier de réalisateur, elle s’impose derrière la caméra pour réaliser 6 films où elle met les femmes sur le devant de la scène.

Veuf, monsieur Asai réside dans la paisible ville de Nara entouré de ses trois filles. L’ainée Chizuru est revenue dans sa famille après le décès de son mari tandis que la cadette Ayako est en âge de se marier, mais refuse les propositions. La benjamine Setsuko se sent à l’étroit à Nara et rêve de rejoindre Tokyo. Shoji, le jeune beau-frère de Chizuru, loge en leur compagnie dans l’attente d’un emploi. Il accueille un ancien ami, Amamiya, de passage pour le travail. Ce dernier se rappelle des jours heureux qu’il a passé un été quelques années plus tôt. Persuadée qu’il a des sentiments pour Ayako, dont il gardé une mémoire vive, Setusko se prend pour Cupidon.

Petite curiosité, le film a été sponsorisé par NTT, ce qui nous vaut quelques placements‪ de produits : Amamiya vante les avancées technologiques de la firme. Le spectateur apprend grâce à lui que les micro-ondes améliorent la qualité du réseau téléphonique.

Kinuyo Tanaka est présente des deux côtés de la caméra, interprétant également l’une des servantes de la famille. Si la réalisatrice a été confrontée à des oppositions lors de son passage à la mise en scène, en particulier celle de Mizoguchi, d’autres réalisateurs l’ont soutenue dans sa démarche. Il est en ainsi de Yasujirō Ozu, qui lui offre un scénario co-écrit avec Ryōsuke Saitō et qu’il devait initialement mettre en scène. Le scénario porte la marque du maître, qui y aborde ses thèmes de prédilection : le départ des enfants, généralement des filles, les différences générationnelles, la transformation de la société...

La Lune s’est levée se démarque cependant des réalisations les plus connues d’Ozu dans l’après-guerre [1] par une première partie au ton enlevé.

De surcroît, Kinuyo Tanaka fait la part belle aux trois sœurs - le père étant un personnage secondaire - mais surtout à Setsuko, jouée par la lumineuse Mie Kitahara. La réalisatrice dresse le splendide portrait d’une jeune femme moderne dans le Japon d’après-guerre. Elle est déjà une femme mais n’a pas encore achevé sa métamorphose. Sous la jeune femme pointe encore fréquemment l’adolescente, contribuant à rendre le personnage encore plus attachant.

La cinéaste montre magnifiquement la vitalité et l’élan intérieur propres à la jeunesse. Setsuko va insuffler du mouvement dans des relations sociales aussi ensommeillées que la ville de Nara : Ayako rechigne à se marier, Amamiya n’exprime pas ses sentiments et Shoji renâcle à trouver un nouvel emploi. Elle va faire bouger les lignes. Personnage clé de La Lune s’est levée, elle représente l’optimisme et l’idéalisme de la jeunesse.

Kinuyo Tanaka apporte sa sensibilité féminine : la rencontre au clair de lune entre Amamiya et Ayako est tout en finesse. Elle met magnifiquement en scène l’inconfort de ce couple, dont la rencontre est un coup monté. La cinéaste ne les filme presque jamais de face, comme deux amoureux prêts à s’avouer leur flamme osent à peine se regarder dans les yeux.

La Lune s’est levée s’ouvre sur une présentation de la ville et de ses temples - dont la benjamine compare le tempo lent à celui du théâtre No – et s’achève sur le départ à Tokyo, de Shoji et Setsuko. Cette dernière rejoint la capitale dont elle voulait connaître le rythme trépidant et ce déménagement lui permet également de s’émanciper. Contemplant la nature de sa maison, le père se demande pourquoi la jeunesse préfère Tokyo, sale et poussiéreuse, à la tranquille ville de Nara, cité japonaise traditionnelle.‪

La Lune s’est levée est l’un des 6 films de la réalisatrice Kinuyo Tanaka, qui sont présentés sur les écrans français depuis le 16 février grâce à Carlotta Films. La liste comprend également Lettre d’amour, Mademoiselle Ogin, Maternité éternelle, La Princesse errante et La Nuit des femmes.

[1Ozu a débuté sa carrière par des films inspirés des comédies américaines.

- Article paru le jeudi 24 février 2022

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