La Vengeance d’un acteur

La petite histoire veut que Kon Ichikawa se soit vu imposer la réalisation de La Vengeance d’un acteur par le studio Daiei, comme une punition après plusieurs échecs commerciaux. Remake d’une série de 3 films de Teinosuke Kinugasa de 1935, il apporte la preuve éclatante que la contrainte constitue un excellent moteur créatif. La version restaurée 4K permet de l’admirer dans toute sa flamboyance.
 
Yukinojo, célèbre acteur de kabuki, et sa troupe sont en représentation à Edo. Un soir sur scène, il reconnaît dans le public deux des trois hommes qui ont provoqué la ruine de son père et le suicide de ses parents : l’ancien magistrat devenu seigneur, Dobe et le commerçant Kawaguchiya. Compagnie recherchée à Edo, le troisième coupable, le marchand Hiromiya, l’invitera à son retour de voyage. Enfant, Yukinojo avait juré de venger sa famille. Il saisit l’occasion et se sert de la fille de Dobe, Dame Namiji, tombée amoureuse de lui pour passer à l’action.
 
Film sur la vengeance d’un onnagata [1], La Vengeance d’un acteur brouille la frontière entre théâtre et cinéma pour créer une œuvre à nul autre pareil. Utilisant les caractéristiques techniques du cinémascope, Kon Ichikawa transforme l’image en une scène de théâtre sans qu’elle en soit vraiment une et inversement fait exploser les limites physiques de la scène lors des représentations de Kabuki. S’il tire admirablement parti du format étiré du cinémascope, le cinéaste utilise aussi génialement l’obscurité, accouchant d’une pure merveille visuelle.

Kon Ichikawa et son directeur de la photographie, Setsuo Kobayashi, font appel à des couleurs éclatantes, mais plongent également très fréquemment les scènes dans un noir quasi-complet. Seuls les visages des acteurs et une partie de leurs corps émergent de cette nuit cinématographique. Les combats du film se résument bien souvent à des lames de katana qui déchirent les ténèbres à la manière des éclairs.
En multipliant les expérimentations visuelles, il livre un film qui près de 50 ans plus tard reste encore très moderne.

Stylistiquement très pointue, l’œuvre est pourtant créée à partir du script éculé d’un mélodrame sur le thème de la vengeance. Une ligne de force traverse ce film, celle du mélange : théâtre et cinéma ; homme et femme, mais aussi musique. La bande originale associe allègrement et avec bonheur : jazz, musique japonaise traditionnelle...

Au-delà de la trame principale consacrée à la revanche de Yukinojo, plusieurs intrigues secondaires infusent le film, lui apportant une dimension humoristique. La voleuse, Ohatsu, l’acrobate, vient compliquer la vengeance de Yukinojo. Avec son accent masculin de gouape d’Edo imposant sa volonté à son associé, elle est le pendant de Yukinojo dans les bas-fonds : femme dans un métier dominé par les hommes.

L’acteur est en revanche aidé dans l’ombre – au sens propre comme au figuré – par un robin des bois japonais, Yamitaro ; les deux personnages étant interprétés par Kazuo Hasegawa. Tout en participant à l’histoire, ce voleur observe fréquemment l’action à sa périphérie, ange gardien aux mains sales de Yukinojo.

Mais, tous, hommes et femmes, finissent par tomber sous le charme de Yukinojo. Spectateurs et spectatrices seront eux aussi envoutés par la grâce de La Vengeance d’un acteur.

Kizushii | 6.07.2021 | Japon

La Vengeance d’un acteur est ressortie sur les écrans français dans une version restaurée 4K grâce à Carlotta Films.

[1Nom donné aux acteurs jouant des femmes dans le Kabuki.

aka 雪之丞変化, Yukinojō henge | Japon | 1963 | Un film de Kon Ichikawa | Avec Kazuo Hasegawa, Fujiko Yamamoto, Ayako Wakao, Ganjirō Nakamura, Eiji Funakoshi, Eijirō Yanagi, Saburō Date, Chūsha Ichikawa, Raizō Ichikawa
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