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Hors-Asie | Chine

Man in Black

aka 黑衣人 | Chine / France / USA / UK | 2024 | Un film de Wang Bing | Avec Wang Xilin

Le peuple chinois est un cortège de prisonniers.

Entièrement nu, le compositeur chinois Wang Xilin, 86 ans, arpente les gradins, la scène vide du Théâtre des Bouffes du Nord. Il danse, chante, et raconte l'histoire de son oppression et la façon dont elle a défini son œuvre, sous le regard de Wang Bing.

Dans l'esthétique brute du théâtre, le corps de Wang Xilin se détache tour à tour en pleine lumière et en clair obscur. Si le corps nu de cet homme qui s'impose à nous contraste avec son environnement, par sa vie, ses tremblements, son émotion, il fait aussi écho, par l'incarnation charnelle de son histoire, qui est celle de la Chine, à la patine des murs. L'homme, comme le lieu, figure une mémoire. Le dispositif déployé par Wang Bing, s'il ne manquera pas de déstabiliser certains spectateurs, n'a donc rien de gratuit.

Le cinéaste chinois, dont l’œuvre puissante est avant tout le règne de la durée, ne nous pas habitué à une expression aussi courte et formelle – même si Man in Black aborde une nouvelle fois l'Histoire racontée par ses victimes, l'enfermement, la folie, qui font partie de ses thèmes de prédilection. Le film dure à peine plus d'une heure, et déploie un véritable travail de mise en scène, que ce soit dans les mouvements de caméra, les déplacements de son sujet ou encore le travail sur la bande son. Cette dernière en effet, constituée uniquement d'extraits de symphonies de Wang Xilin, vient régulièrement couvrir les paroles du compositeur. Une façon supplémentaire de consolider l'écho entre le lieu, l'homme et sa musique, qui raconte l'oppression, la violence, la désillusion du communisme.

Dans la première partie de Man in Black, Wang Xilin effectue une véritable danse de l'oppression, plié en deux, les bras tirés en arrière, comme enchaîné et ployé sous la souffrance ; à quatre pattes, ou debout, entravé, les mains attachées... En désaccord dès sa jeunesse avec le Parti qu'il refusera de rejoindre, il sera persécuté en dépit de ses compétences au Conservatoire. Les symphonies qu'il composera, toute sa vie durant, seront celles de ses souffrances, mais aussi celles qu'il imagine que son professeur de piano aura subies avant son exécution, ou encore celles du peuple. Ce peuple que Wang Xilin envisage comme un interminable cortège de prisonniers.

Le compositeur pleure parfois, joue superbement du piano, réfléchit beaucoup, et, dans ses arrêts introspectifs, ce corps dévoilé résonne de toute son histoire. La musique qui accompagne ce portrait, Wang Xilin explique qu'elle représente, par exemple, le marquage au fer rouge, avec un violon strident, et autres tortures, les percussions en guise de coups de fouets. Les barreaux, les fers s'expriment dans les graves de son piano. Le compositeur, dans son humanité complexe et meurtrie, refuse de croire en l'espoir et de prétendre à des jours meilleurs, mais il chante tout de même l'amour.

Man in Black est disponible sur arte.tv jusqu'au 31 décembre 2026.

Akatomy, le mardi 13 octobre 2026

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