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Mutant Ghost Wargirl (2022)
Chine

Mutant Ghost Wargirl

aka Wargirl - 变种人:幽灵战姬 | Chine | 2022 | Un film de Liu Binjie | Avec Miya Muqi, Li Mingxuan, Liu Beige, Cui Zhenzhen, Mou Fengbin

En 2077, les mutants s'affrontent, pour le plus grand bonheur des 1%, dans des combats clandestins. L'Alliance de sécurité internationale soupçonne la corporation Medusa, au travers d'une clinique de chirurgie esthétique, de mener des expériences illégales sur des humains pour créer des êtres surpuissants à même de dominer les combats, en se servant de puces de ouf et, surtout, du fluide d'induction cellulaire. L'agent Wu Qingqing – le Ghost du titre – est envoyée undercover pour trouver les preuves des expériences, et s'approprier une puce expérimentale. Mais elle est capturée et soumise au processus d'induction, devenant elle-même une mutante. Ses collègues tentent bien de la sauver, mais se font décimer par le personnel de la clinique (et un monstre géant), et Wu Qingqing se réveille, amnésique, chez Zhou Yang, qui va se révéler être lui aussi un agent de l'Alliance, bien décidé à aider notre héroïne à retrouver la mémoire et survivre aux attaques des mutants de plus en plus puissants envoyés par Medusa...

72 minutes montre en main – c'est d'ailleurs l'une des raisons, faute de temps, pour lesquelles j'ai lancé ce Wargirl que j'avais rangé dans ma watchlist Amazon Prime avec un sourire en coin -, c'est tout le temps qu'il faut au réalisateur Liu Binjie pour dérouler le combat de Wu Qingqing contre les forces du mal, affirmer le sens du sacrifice et l'allégeance au devoir, et satisfaire tous ses fantasmes adolescents. Il faut dire aussi que pour gagner du temps, le film se débarrasse du superflu, et même du reste : en gros, quasiment tout ce que j'ai exposé ci-dessus se déroule entre le texte affiché en préambule et les cinq premières minutes du film, hors champ, avec le renfort de la voix off de l'héroïne. L'exposition, Liu Binjie, ce n'est pas son truc, pas plus que le padding nécessaire au bon déroulement d'un film. Nope, ici, il n'y a de la place que pour le fan service, les combats gavés d'effets spéciaux, et ce qu'il faut de droiture morale pour être validé par les autorités.

Pas fous les chinois : plutôt que d'anticiper la déliquescence de leur société, ils projettent leurs héros et ressortissants criminels dans la Corée du Sud du futur, lieu de débauche autrement plus crédible. Un lieu où Liu Binjie peut laisser libre cours à ses emprunts et citations, de Matrix à Crows Zero en passant par Blade Runner, Joker, A Better Tomorrow et Ghost in the Shell - musique de Kenji Kawai comprise - au travers de visuels dont il est difficile de dénigrer la qualité. Clairement, le budget du film est parti tout entier dans les effets spéciaux - ça sent la bande démo -, d'où l'absence totale de narration hors action. On pourrait presque se laisser séduire par l'héroïne (Miya Muqi, la "déesse du yoga" !) et ses charmantes adversaires, pur produits de fétichisme, mais l'ensemble, comme les projections abusées du film, manque de poids, de matière. C'est bien de vouloir aller vite - on ne marche pas dans Wargirl, on se téléporte -, c'est autre chose de vouloir atteindre un point – je vous jure – où l'héroïne se déplace si vite que le méchant final est battu par une force entièrement invisible. Ou quand le grand spectacle aboutit à son propre effacement, dans un bel élan capitaliste autophage.

Le plus marrant dans Wargirl, si vous êtes du genre patient et masochiste, c'est de faire comme moi et de le regarder en VO sur Amazon Prime. Vous aurez alors le choix entre des sous-titres français tellement désynchronisés et arythmiques qu'il faut mettre en place un buffer permanent de plusieurs minutes dans sa tête, ou des sous-titres anglais qui auraient fait rougir les chargés de sous-titres des films HK des années 90, genre traducteur automatique d'idéogrammes sans aucun souci de remise en forme grammaticale. Déjà que le film ne se soucie pas vraiment de clarifier son intrigue autour de ses combats de mutants... le flottement devient alors dantesque ! Reste donc de jolies demoiselles et une certaine patine visuelle autour de fantasmes vidéoludiques vus et revus, faisant de Mutant Ghost Wargirl l'équivalent high tech des direct to video d'antan, un nanar à la fois de son temps et anachronique – genre Ultraviolet, mais en moins bien (je pose ça là). On sait pourtant les chinois capables de SF bricolée bien plus qualitative, comme l'a par exemple récemment prouvé le délirant Escape From the 21st Century.

Pour les plus mordus, Wargirl est dispo en Blu-ray en Allemagne, avec sous-titres en allemand pour une autre expérience, sous le titre Mutant Ghost Wargirl - Krieg der Mutanten. Sinon, ça se streame dans les conditions évoquées plus haut !

Akatomy, le vendredi 6 novembre 2026
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