The Abandoned
Vena amoris.
Quand le destin s'en mêle, un soir de réveillon... Alors qu'elle presse la détente de l'arme qu'elle pointe sous son menton, Wu Jie est surprise par une jeune femme paniquée qui heurte sa voiture, et le coup est dévié. Plus loin, d'autres jeunes s'éloignent de la rivière en criant. Sur les lieux, Wu Jie découvre le cadavre d'une femme... Lin You-sheng et son collègue tiennent une supérette, qui sert de façade à l'accueil de travailleurs clandestins. Alors qu'il est sans nouvelles de Waree, son ex-petite amie, elle-même migrante thaïlandaise, Lin You-sheng reçoit la visite de Saipin, sa sœur, qui est à sa recherche. Wu Jie, policière dépressive, qui dort dans la voiture dans laquelle son fiancé s'est suicidé, va faire équipe bon gré mal gré avec la jeune recrue Cai Wei-shan pour résoudre le meurtre de celle qui s'avèrera être Waree, l'annulaire de la main gauche sectionné et le cœur retiré de sa poitrine...
Après un prologue qui préfigure le dénouement du film, cinq jours plus tard, nous montrant une jeune femme attachée à un fauteuil roulant renversé, dans ce qui ressemble à une salle d'opération clandestine, Tseng Ying-ting enchaîne la tentative de suicide de son héroïne et la découverte du cadavre de Waree. A l'image de Wu Jie (Janine Chang), The Abandoned s'annonce ainsi beau – ses images sont superbes -, mais indéniablement froid, lesté d'une profonde tristesse. Néanmoins, son histoire décolle habilement, le réalisateur faisant preuve d'un talent évident dans la gestion des convergences narratives.
La force de The Abandoned, thriller impeccablement rythmé et articulé, est aussi sa faiblesse : à trop vouloir parfaire la cohérence de son édifice, Tseng Ying-ting le prive de ce supplément d'âme qui aurait pu donner au film sa complétude nihiliste. N'est toutefois pas Limbo qui veut, et ce sombre tableau est trop bien huilé, dépourvu de la texture, du grain, narratif et visuel, qui l'auraient rendu aussi dépressif que son héroïne. Et si l'ensemble se suit avec une certaine intensité, ce lissage finit par retirer au film le malaise qu'il avait initialement installé. Car rien ne dépasse ici, chaque plan trouve place et justification, et le malaise reste le seul apanage des protagonistes et de l'affaire qui les réunit, dans un environnement qui, lui, s'affirme globalement neutre et épargné.
Il demeure tout de même que le personnage de Wu Jie – superbe Janine Chang - porte joliment le film, dont il constitue le pivot. Confrontée à l'horreur, portée malgré elle par les rencontres, Wu Jie devra retrouver goût à la vie, apprendre à se séparer de cette voiture désormais traversée de deux impacts de balle. Difficile de reprocher à The Abandoned sa part d'optimisme ; mais au vu de la force de son introduction, on aurait bien aimé que le film se laisse un peu plus contaminer par cette impulsion première, que sa violence soit plus ancrée dans un environnement que contenue dans une poignée d'individualités. On reste un peu sur l'impression que Tseng Ying-ting n'a pas osé embrasser pleinement la part d'ombre de son projet, pour ne pas s'affranchir du grand public que le film conquiert sans difficulté ; mais cela n'a peut-être finalement jamais été son attention.
The Abandoned est distribué à l'international par Netflix.
















