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Hong Kong | Singapour

The Eye 2

aka The Eye 2 : Renaissances - 見鬼 2 | Hong Kong / Singapour | 2004 | Un film de Oxide & Danny Pang | Avec Shu Qi, Jesadaporn Pholdee, Eugenia Yuan, Philip Kwok, Rayson Tan

Deux ans après le succès du premier opus avec Angelica Lee, les frères Pang remettent le couvert du I see dead people, cette fois avec Shu Qi, déjà familière du genre après sa participation au Visible Secret d'Ann Hui, à la tête de The Eye 2. Si les spectres du premier opus sont de nouveaux présents, leur nature et le ton du film sont toutefois radicalement différents. Suicide, grossesses terrifiantes et réincarnation menaçante : bouddhistes et femmes sensibles s'abstenir...

La jeune Joey fait une tentative de suicide après sa rupture avec son petit ami. L'appel au secours est explicite : avant de se lancer dans une overdose de médicaments, elle donne l'instruction à l'accueil de son hôtel en Thaïlande d'être réveillée vers 20h, physiquement s'il le faut, et laisse une note demandant d'être transportée à l’hôpital... Remise sur pieds et de retour à Hong Kong, elle a d'autant plus de mal à couper le cordon avec son ex qu'elle se rend compte qu'elle est enceinte. Et pour couronner le tout, elle a des visions dont il devient rapidement évident qu'il s'agit de personnes trépassées...

The Eye, premier du nom, faisait de l'évolution de son héroïne, de la cécité à la vue, le terrain de son ambiguïté de perception : puisque Mun n'avait jamais vu quoique ce soit depuis ses deux ans, pourquoi s'inquiéter d'une présence plutôt que d'une autre ? Un tel ressort n'étant pas possible dans le cas du personnage incarné par Shu Qi, il fallait donc trouver autre chose - à savoir, en l’occurrence, la fragilité psychologique et hormonale de Joey. Car, si l'on en croit les experts, il y a deux moments où l'on est particulièrement réceptif aux esprits : lorsque l'on est sur le point de rendre l'âme, et lorsque l'on attend un enfant – doublet gagnant pour notre héroïne malgré elle.

De sa scène d'ouverture, au cours de laquelle Joey fait des emplettes pour se faire belle pour mourir, à son éprouvante conclusion, en passant par un lavage naso-gastrique, un accouchement catastrophe et autre fœtoscopie flippante, The Eye 2 s'efforce de jouer de ces deux « faiblesses » de sa protagoniste pour susciter non seulement la peur, mais aussi le malaise. Le premier film, classique mais bien réalisé, et doté d'une fin puissante, jouait habilement sur le registre de la première émotion, en lui ajoutant une certaine tristesse. The Eye 2, contraint d'utiliser plus explicitement son cadre, va nettement plus loin en faisant de son concept un véritable cauchemar, à la limite du mauvais goût, n'hésitant pas à faire de la grossesse un lieu de l'effroi, et à ternir au passage l'image du principe bouddhique de la réincarnation, désormais menace fantomatique d'intrusion/possession qui plane sur chaque mère et enfant en devenir...

C'est néanmoins dans cette singularité, étonnamment sombre et explicite (que ce soit à l’hôpital ou dans certaines apparitions funestes, dont une m'a notamment fait frémir), que The Eye 2 est à mon sens un meilleur film que le premier – ou du moins, soyons justes, non pas meilleur, mais plus remarquable et intéressant. Nul doute que certains spectateurs trouveront le film trop sombre, son approche trop borderline, mais c'est justement le nihilisme acharné dont il fait longtemps preuve qui fait sa force, et sa capacité à laissé une marque plus durable que celle de son plus consensuel prédécesseur.

The Eye 2 est disponible en coffret avec The Eye, en 4K ou Blu-ray standard, chez Carlotta Films. Ce second opus est accompagné d'un making of d'époque, qui tient avant tout de la lettre d'intention, même si l'on y devine l'abnégation de l'actrice Shu Qi, et d'une fin alternative sans intérêt. Le premier film, lui, est un peu mieux loti : en plus du making of, un entretien avec le producteur Peter Ho-Su Chan, et un essai sur le film. Même en 2K, c'est un bonheur de voir des films HK de cette époque avec une telle qualité d'image !
Remerciements à Carlotta Films.

- Article paru le mercredi 30 septembre 2026

signé Akatomy

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