The Island
Sympa, Monsieur Cheung : pour que six de ses élèves s'améliorent en géographie, il décide de les emmener en excursion sur une île déserte. Autrefois lieu d'arrivée d'immigrés illégaux, subsiste toutefois sur l'île une famille pas comme les autres : une vieille femme et ses trois enfants, dont le benjamin, la morve au nez, a un petit retard mental, et cherche chaussure à son pied pour offrir une filiation à la matriarche. Puisque la clandestine qu'ils maintiennent en captivité n'est pas vierge, que leur maman décède de contrariété lorsqu'elle s'en rend compte, et que le jeune homme s'éprend rapidement de Phyllis, l'une des élèves de Cheung, les trois orphelins décident de convaincre l'étudiante d'épouser le morveux. Quitte à les y contraindre. Hmm... Ça a dégénéré rapidement, n'est-ce pas ? Bienvenue dans le Hong Kong des années 80 !
En guise de passeur pour cette aventure hors du commun, Po-Chih Leong, réalisateur un temps nommé aux Hong Kong Film Awards pour son célèbre Hong Kong 1941 avec Chow Yun-fat et Cecilia Yip. Ce sympathique réalisateur d'origine anglaise, touche à tout, aime non seulement alterner les films de genres différents, mais, dans un élan qu'il reconnaît comme étant éminemment asiatique – et nous sommes bien d'accord – les mélanger dans ses réalisations. D'ailleurs, dans les suppléments de l'édition Carlotta Films, sortie en France l'an dernier, il se félicite que Parasite et Everything Everywhere All at Once aient définitivement permis à l'industrie occidentale d'assimiler cette force... Ça reste à voir ; toujours est-il que l'ambition de Po-Chih Leong, avec The Island, était en 1985 de concilier deux facettes de Hong Kong, la normalité et la folie. Pour ce faire, quoi de plus évident que de mélanger slasher et survival à l'américaine, avec une poignée d'acteurs amateurs, des faux raccords à gogo et la moitié du duo protagoniste de la série des Pom Pom ?
L'héritage évident de Massacre à la tronçonneuse, The Island le digère vite fait bien fait en quelques minutes. Pas de tatou écrasé sur la route en ouverture, mais un poisson combattant flingué par son copain de bocal sous les encouragements d'un bambin et l'effarement perplexe de notre futur héros, Cheung. Sans transition, travelling hardcore sur l'île éponyme, les frangins peaufinent la tenue de mariée de leur captive pour la présenter à maman au cours d'un repas de famille... ça sent le dîner chez les Sawyer (même s'ils ne s'appellent pas encore comme ça dans le premier TCM) à plein nez ! Test de virginité, maman décède... ça trace ! Arrivent Cheung et ses élèves, et là, le film va commencer à lambiner un peu plus, avant de s'orienter vers le slasher fraternel, fauché... et, chose rare, féministe ! Parce que ce sont plutôt les gars qui décèdent dans le film, pour le coup.
John Shum, producteur du film aux côtés de Dickson Poom et Sammo Hung, n'est pas le meilleur acteur du monde, c'est certain, et il ne dégage pas non plus un charisme fou. Pourtant, The Island ne souffre pas trop de son casting ; les acteurs amateurs s'en tirent plutôt bien, les frangins, eux, sont de vrais acteurs, et l'on pourrait presque croire en Shum lorsqu'il se résout à la violence... La réalisation de Po-Chih Leong tient la route, il y a de belles compositions, et surtout une photographie très réussie – même si la lumière n'a rien de diégétique et qu'on peine à comprendre certaines teintes de l'image... Les faux raccords sont plaisants – un cobra se transforme en un autre serpent en une simple coupe, un frangin empalé ne l'est plus la seconde d'après, et je crois bien qu'il y a une perruque providentielle qui sort de nulle part à un moment... mais alors, où est-ce que le bât blesse ? C'est simplement l'ensemble qui ne prend pas vraiment. The Island est exotique, c'est certain, et possède un charme désuet, mais il n'est pas très enlevé, et son mélange de ton aurait presque gagné à être plus extrême, à osciller plus loin dans la comédie comme dans la violence. Il faut dire aussi, si l'on en croit les dires de Tony Rains dans sa présentation du film en supplément, que The Island a cette bizarrerie en guise de cerise sur le gâteau : aucun crédit au scénario. Pas écrit donc, et ça se voit presque, mais tout de même une singularité historique, à même de satisfaire les amateurs d'étrangetés HK.
The Island est disponible en en Blu-ray dans une copie assez folle pour un film de ce genre et surtout de cette époque, chez Carlotta Films. En suppléments, une interview du réalisateur et une master class, toutes deux filmées à Udine en 2023 par M Ambroisine, et un topo sympathique de feu Tony Rayns sur le film.
Remerciements à Carlotta Films.


















