Train de nuit
La bête humaine.
Pour ceux que la veine austère du cinéma d’auteur chinois rebute, on leur conseillera de rester sur le quai. Le spectateur est mis dans l’ambiance dès le générique d’ouverture, les noms des participants au film défilent sur un fond noir sans musique. Un faire part de décès pour ce qui va arriver la suite. Les plus courageux tenteront l’expérience d’un film qui ne manque pas de qualités.
Wu Hongyan prend le train chaque week end pour se rendre à une guinguette à la mode chinoise, lieu de rencontre pour célibataires. Veuve, elle voudrait rompre sa solitude, mais même ses tentatives avec une agence matrimoniale sont restées vaines. La semaine, elle travaille au sein de l’administration pénitentiaire, à la prise en charge des femmes détenues, de leur procès à leur exécution, si telle est leur condamnation. Un jour, Li Jun, le mari de l’une d’elles, apprend qu’elle a été le bourreau de sa femme et commence à la suivre.
Au détour d’une ruelle, à proximité d’une usine, une condamnée à la peine capitale répète les gestes qu’elle devra accomplir lors de la véritable exécution. Sans grande démonstration, le réalisateur Diao Yi Nan dénonce la peine de mort, qu’il montre comme une activité somme toute banale. Elle n’est que l’une des multiples facettes de la violence dans laquelle baigne la Chine actuelle : celle de l’Etat, des rapports humains...
Pour son malheur, Wu Hongyan se trouve à la confluence de ces violences. Exécutrice des basses oeuvres et isolée dans une société où l’autre langage universel semble être l’argent. Diao Yi Nan décrit des relations humaines seulement tarifées : une de ses voisines se prostitue, l’homme présenté par l’agence matrimoniale a été payé pour passer du temps avec elle... Alors quand Li Jun semble se comporter différemment, Wu Hongyan va regarder au-delà des risques. On achève bien les chevaux.
Film sur la solitude, le paysage industriel qui sert de cadre au film renvoit à la déshumanisation de cette société. De l’usine sidérurgique jaillit une fumée blanche qui semble donner naissance à un ciel de coton. L’astre solaire est d’ailleurs remarquablement absent du film. Bleu, gris, vert, noir, la tonalité du film est à l’image du désespoir des personnages. Certaines images pourront restées imprimées dans votre rétine bien des jours après votre sortie de la salle.
Paradoxalement, ce système favorise le travail des personnes mêmes qui veulent le dénoncer. « Car aujourd’hui il suffit de payer les bonnes personnes pour pouvoir tourner dans tel ou tel lieu, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années », avoue ainsi le réalisateur dans le dossier de presse. Tourner ne veut tout de même pas pouvoir dire montrer, la censure chinoise veille encore au grain.
Le spectateur qui souhaitera explorer des thèmes proches, mais dans une veine plus légère pourra s’intéresser à Getting Home [1], l’une des bonne surprises du festival du film asiatique de Deauville en 2007.
Train de nuit est sorti sur les écrans français le mercredi 23 janvier 2008.
[1] Diao Yi Nan a d’ailleurs été l’un des scénaristes de Shower et de Spicy Soup, deux autres films du réalisateur de Getting Home.



