Furie
Je me souviens, il y a quelques années de cela, avoir été séduit par The Princess, œuvre de plateforme offrant à la jeune Joey King l'opportunité de s'éloigner de son image romcom popularisée par la série des Kissing Booth. Film d'action médiéval, The Princess démarre dans mon souvenir comme une espèce de The Raid jeunesse à rebours, dans lequel une princesse adepte de baston doit trouver le moyen de descendre du donjon dans lequel elle est maintenue prisonnière dans l'attente d'un mariage forcé. Je me souviens aussi avoir été surpris et heureux d'y retrouver Veronica Ngo (Clash, The Rebel, et plus récemment The Creator et The Old Guard) à l'écran. Pour autant, je n'avais pas étudié plus avant la filmographie croisée de l'actrice et du réalisateur Lê Văn Kiệt - ce qui m'aurait permis de découvrir ce Furie de 2019, prétendant vietnamien éconduit à la sélection des meilleurs longs métrages internationaux aux Oscars de la même année.
Dans la beauté de la campagne vietnamienne, la mère de la petite Mai, Lê Văn Kiệt , ne jouit pas de la meilleure des réputations – rien de choquant pour une recouvreuse de dettes. Drôle de rédemption en effet, pour une femme qui semble fuir un passé criminel, que de briser les jambes de mauvais payeurs au service d'une usurière acariâtre, mais bon... Un jour de querelle au marché du coin, alors que Mai est accusée à tort d'avoir dérobé un portefeuille et que sa mère ne la défend pas, la gamine va bouder dans son coin... et est kidnappée. Témoin de son enlèvement, Hai Phuong se lance à la poursuite des criminels jusqu'à Saïgon, où elle découvre un vaste trafic d'enfants et d'organes...
Pourquoi faire compliqué... Si Luc Besson a pu produire trois Taken et que Liam Neeson a pu se spécialiser dans les films vénères d'enlèvement & vengeance, c'est bien qu'il y a un public pour ça, non ? Lê Văn Kiệt ne change pas grand chose à la formule, mais a pour lui, de notre point de vue du moins, l'exotisme de sa localisation. Et si le visage de Veronica Ngo se prête aussi bien à l'expression de la détermination que celui de Liam Neeson, ses aptitudes martiales, elles, dépassent largement celles de sieur Schindler.
La furie du titre, Lê Văn Kiệt met un peu de temps à la dévoiler. Lors de l'enlèvement de la gamine toutefois, Hai Phuong affirme sa ténacité, poursuit les assaillants à pied, à moto, dans l'eau... Dommage qu'elle se fasse distancer, car Furie aurait gagné en dynamisme à conserver cet élan rageur, plutôt que de ralentir le temps de l'investigation urbaine. Qui, soit dit en passant, est un peu ridicule : les flics sont assez mal écrits et interprétés, et le coup du commissariat du coin, dans lequel tous les indices d'une enquête d'envergure internationale sont exposés dans un bureau ouvert aux quatre vents, est peu crédible. Qu'importe non plus qu'on ne comprenne pas trop comment Hai Phuong échappe à la noyade : ce qui compte, c'est que Veronica Ngo ait l'occasion de se battre.
Il n'y a finalement pas tant de scènes de bagarre que ça dans Furie (dont la candidature aux Oscars tient quand même un peu de la blague), mais elles sont heureusement de qualité. Sans être parfaitement montées, elles rappellent combien les monteurs de Besson ne comprennent rien à l'écriture visuelle de la frappe, essayant de créer l'impact à la seule force des changements de plans, alors que ce sont les mouvements qu'il faut suivre, et pouvoir apprécier dans leur continuité. Il y a bien quelques maladresses de spatialisation, mais globalement Furie fait bien son travail sur ce point. Surtout lorsqu'il oppose les deux femmes combattantes du film, Hai Phuong et sa détestable Némésis. L'affrontement clé de l'histoire est à ce titre superbe, d'une vitesse, une lisibilité et un dynamisme parfaitement jouissifs, tout comme l'ultime gunfight. Ça ne sauve pas complètement Furie de l'inconsistance, mais ça conforte tout de même notre enthousiasme à regarder Veronica Ngo évoluer à l'écran.
Disponible en Blu-ray et DVD aux US et au Canada, Furie est disponible chez nous sur Netflix.

















