Re/Member
S'il te plaît, retrouve mon corps.
Ce qui est bien au Japon, c'est que les jeunes sont tellement aguerris aux légendes urbaines et aux mécanismes des jeux vidéos, que lorsqu'ils se retrouvent coincés dans une boucle temporelle, choisis pour une quête consistant à réunir les morceaux éparpillés, dans leur lycée et alentour, du cadavre d'une petite fille, ça ne choque personne - qu'importe que les heureux élus meurent tous à la fin de chaque journée recommencée, sous les assauts féroces d'une « personne rouge » (akai hito en japonais).
A l'origine de Re/Member, réalisé en 2022 par Eiichirō Hasumi (la série des Umizaru, Assassination Classroom), il y a le keitai shôsetsu (roman de téléphone cellulaire), connu sous le nom de Karada Sagachi, d'un certain Welzard, décliné par la suite en 17 tomes de manga par Katsutoshi Murase. N'étant familier ni du roman ni du manga, je ne saurais vous dire si Re/Member constitue une adaptation fidèle de l'un et/ou de l'autre ; il semblerait néanmoins que leur pitch de base, exposé en introduction, soit respecté.
Lorsqu'Asuka (Kanna Hashimoto) et ses camarades de classe se retrouvent, comme téléportés, dans la chapelle en travaux de leur établissement, un soir à minuit, chacun avoue avoir eu des visions d'une petite fille. Serait-ce cette même fille, les orbites vides, recouverte de sang, une peluche à la main, qui les décime tous violemment ? Le lendemain matin, ils sont pourtant tous entiers et bien vivants... mais revivent la journée de la veille. Heureusement, un des membres du groupe calcule vite, déclare illico qu'une quête vient de leur être confiée, et dégaine même la page web de la légende correspondante sur son téléphone. Voilà qui désépaissit le mystère.
A partir de là, Re/Member ne s'intéresse plus très longtemps aux assauts de la personne rouge. Je n'ai rien contre les changements de ton et le mélange de registres dans les cinémas d'Asie, croyez-moi, mais la façon dont le film passe de l'horreur à la comédie adolescente a de quoi déconcerter. On sent là tout le travail raté, de condensation d'un récit qui aurait probablement mieux convenu à une adaptation en série. Asuka et ses amis n'en sont pas, ce sont des individualités disjointes, de l'ado invisible au quasi hikikomori, qui découvrent qu'ils s'apprécient, trouvent dans cette « quête » l'occasion de résoudre leur solitude, et, globalement, s'éclatent comme des fous à chercher les morceaux de la petite Miko Onoyama, découpée à la hache dans le prologue du film. On a même droit à un montage, split screen, J-pop et tout le toutim, pour nous montrer comment ils s'organisent pour avancer dans la reconstitution du cadavre. Et oui, ils continuent tous à mourir brutalement tous les soirs, mais ça, au bout d'un moment, Re/Member ne se donne même plus la peine de nous le montrer.
Ce que Re/Member choisit de nous montrer, par contre, dans son dernier acte, lorsqu'il ne reste plus que la tête à trouver, c'est la fusion de la personne rouge et d'Emily, la peluche flippante de Miko. L'esthétique du film bascule alors dans le ridicule, créant un hybride de titan façon Hajime Isayama et de doudou moche. Ce n'est pas bien grave à ce stade : face à cette histoire où l'enjeu paraît anecdotique et le purgatoire une partie de plaisir, casse-tête gratuit où l'on noue des amitiés, où chacun accepte de mourir pour mieux revenir et en profiter pour se gaver de sucreries – car ici, littéralement, demain n'arrive jamais –, puisque rien n'a vraiment d'importance, le spectateur se désengage lui aussi très progressivement. Difficile de croire qu'avec tout ça, la scène post-générique, au fond du puits devant lequel Asuka a eu ses premières visions, attise tout de même ma curiosité envers la suite. Mais comme dirait une certaine Sadako : where there's a well...
Re/Member est disponible en dehors du Japon sur Netflix. En France, le manga est édité chez Ki-oon.














