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Hope (2026)
Corée du Sud

Hope

aka 호프 | Corée du Sud | 2026 | Un film Na Hong-jin | Avec Hwang Jeong-min, Jo In-sung, Jung Ho-yeon, Michael Fassbender, Alicia Vikander, Taylor Russell, Cameron Britton

Shibal !

Avant d'aller plus loin dans cet article, je me dois de vous faire une confession : je n'ai jamais vu un seul film de Na Hong-jin. Pour une raison qui m'échappe encore aujourd'hui, je suis passé aussi bien à côté de The Chaser, que The Murderer et The Strangers, et ne pourrai donc aborder Hope, qui voit le jour dix ans après son prédécesseur, via le prisme de la filmographie de de son auteur.

Dans la petite ville de Hope Harbor, à proximité de la frontière entre les deux Corées, une poignée de policiers, chasseurs et habitants luttent contrent une menace non identifiée, qui dévore le bétail, ravage les bâtiments et décime la population.

Difficile de parler de Hope sans dévoiler son contenu, aussi je vous recommande de remettre la lecture de cet article à plus tard si vous n'avez pas encore vu le film. Sachez toutefois ceci : moi que l'on trouve d'ordinaire trop bon public, je trouve que la « déflagration » Hope ressemble un peu à un pétard mouillé. Peut-être un problème de déception proportionnelle à la hype, me direz-vous ? Je ne pense pas, même si nous allons revenir sur la comparaison avec Fury Road que j'ai vu passer à plusieurs reprises dans les critiques, à même de gonfler l'expectative.

Hope est un film découpé en trois actes. Le premier se passe principalement dans les rues de Hope Harbor, le second dans une forêt limitrophe, et le dernier sur la route. A l'exception de quelques intermèdes « statiques », et même si le second acte est plus calme, Hope est un film de mouvement – c'est sans doute en cela que certains y voient un héritier du chef-d’œuvre absolu de George Miller.

Le premier acte de Hope est de loin celui que je préfère. C'est celui où la verve visuelle de Na Hong-jin s'exprime avec le plus d'évidence, où l'action et ses différents rythmes synthétisent au mieux ses capacités à créer le suspense, filmer les déplacements, instaurer l'appréhension, la vitesse... et un certain humour. Difficile de ne pas penser au merveilleux The Host de Bong Joon-ho, face à la troupe de protagonistes grossiers et simplets qui peuplent les rues et les environs de Hope Harbor, et si Hope montre déjà une certaine limite, il incarne, un temps, un spectaculaire et atypique film de monstres, ultra-dynamique, dans un décor de destruction impressionnant.

Contrairement à beaucoup, la limite du premier acte à mes yeux ne vient pas des effets approximatifs de la créature dévoilée. Celle-ci, qui marche dans les traces de L'Attaque des Titans, ne brille pas par le réalisme de ses textures ou la beauté de son intégration, et affirme sans honte son caractère doublement étranger – alien et CGI - à l'image. Le design n'est pas séduisant, certes, mais il remplit son rôle, véhicule vitesse et inertie, et Hope exprime toute de même au travers de cet extra-terrestre le moment d'humanité le plus pertinent du film. Non, pour moi la limite dévoilée par le premier acte vient de son humour, qui s'exprime à peu de choses près sur un seul registre : la grossièreté. Dévoilée en premier lieu au travers du personnage du flic, elle se propage très vite à tous les protagonistes, qui passent leur temps à jurer et s'insulter de façon très colorée. Aucun échange du film ou presque, ne se fait en dehors de cette tonalité. N'allez pas croire que je suis prude – je suis même plutôt un charretier – mais sans contrepoint, la démarche finit par laisser perplexe. Dans cette première partie, il y a tout de même aussi le running gag de la provenance inexpliquée de l'armement surdimensionné de la population locale – et à l'échelle du film, il y a celui de la résilience surréaliste de Seong-ki – mais la grossièreté l'emporte comme partenaire principal du mouvement à l'écran.

Le second acte du film sert à dévoiler les autres créatures du film, justifier la destruction de sa première heure, affirmer sans délicatesse un trait scatologique au diapason des invectives récurrentes, et troquer les chevaux vapeurs pour de véritables montures. Dans le décor absolument sublime de la forêt, Hope cite Giger, diversifie ses créatures et lorgne du côté d'Avatar. Ce n'est pas gênant en soi, mais le film commence à décliner un motif d'attaque / esquive qui va rapidement devenir redondant, et finalement assez peu crédible, étant donnée la vitesse de déplacement de ses créatures. La troisième et dernière partie du film vient épuiser le concept en plaçant le film sur une ligne droite de poursuite qui se satisfait encore du même motif, noyée qui plus est dans la musique tonitruante de Michael Abels et l'hystérie grossière de ses héros motorisés.

Revenons à la comparaison entre Hope et Fury Road. Monument de cohérence, le film de George Miller est, comme Hope, un film de poursuite qui affirme in fine une certaine inutilité de son mouvement d'ensemble. Dans Fury Road, l'histoire est en mouvement non seulement parce que le mouvement est l'histoire, mais parce que celui-ci est l'alpha et l’oméga de son univers, sa religion autant que son langage, sa construction sociale, son art de combat. De fait, chaque élément du film parfait la cohérence de l'ensemble, affirme à la fois une identité et une fonction utilitaire au service de ce mouvement. Le mouvement de Hope – poursuite, affrontement, fuite – est certes la traduction pertinente d'une boucle constamment rétroactive de méprise mutuelle en mouvement perpétuel, mais il est loin de se nourrir de la même cohérence et de la même richesse. Pour lui rendre justice, Hope est traversé de plans sublimes, et possède un côté fourre-tout indubitablement dépaysant. Mais dans le design hétéroclite de ses créatures, ses variations de rythme et ses redondances, ses attentions humaines et galactiques, Hope semble tiraillé entre plusieurs films, dont le mouvement, certes jouissif, ne constituerait que le liant. Bien que celui-ci ne serve aucunement, au final et de façon ironique, le véritable objectif narratif du projet, dévoilé en bout de course.

Parce que oui, le plus troublant dans tout ça, c'est que le film est construit comme une introduction à un édifice plus large - qui donnera peut-être son sens à ce déconcertant premier opus. Lorsqu'il donne dans ses derniers instants la parole à ses étrangers, Hope affirme sa volonté de construire une véritable IP de science fiction dans laquelle ses aliens tiendront le premier et beau rôle, et s'écarte définitivement de l'intérêt de sa première heure. On peut bien sûr y voir tout un discours sur notre rapport à l’altérité, une critique de la bêtise crasse et exterminatrice qui naît de la peur de l'étranger, qui précipite les humains de Hope dans une perte vers laquelle ils se ruaient de toute façon déjà à toute vitesse, plutôt que s'arrêter et prendre le temps de la rencontre... En passant, on pourrait dire que Na Hong-jin déjoue notre attente calibrée de spectateurs, adeptes de confrontation et aveugles aux considérations d'ensemble, comme ses protagonistes. Mais c'est lui qui fixe nos œillères pour nous les retirer ensuite, et en dehors des larmes de la première créature, je n'ai pas vraiment perçu cette âme de film à grand spectacle qui voudrait subvertir les grosses machines hollywoodiennes, que d'autres critiques et spectateurs semblent avoir ressentie. Et j'ai même plutôt l'impression que c'est son Avatar que l'auteur désire livrer, et que le fait que Hope souhaite faire partie d'un plus grand tout l'empêche d'être subversif.

Appréhendé en l'état, amputé d'une bonne partie de son histoire, la maestria de Hope, grossièreté oblige, tient beaucoup plus du Michael Bay de Bad Boys 2 que de celle de George Miller. S'il m'évoque un film, ce n'est pas Fury Road ni la référence évidente du Nope de Jordan Peele (d'autant qu'il lui emprunte son compositeur), bien plus intelligent et original à mes yeux, mais le Wall-E d'Andrew Stanton. Pendant un long moment, le réalisateur y montre son robot remplissant sa fonction d'éboueur, seul dans les ruines de l'humanité. Pas un mot, tout passe par l'intelligence du design et de la mise en scène, et Pixar atteint une espèce d'universel absolument remarquable... avant de changer complètement le visage du film, de réintroduire le verbe et l'humain, et de surligner grassement tout ce que le film avait déployé d'implicite. C'est un peu, à mes yeux, ce que fait Na Hong-jin en passant, fût-ce dans un élan régulièrement ébouriffant, du mystère virtuose de sa première partie aux sous-titres inutiles de la discussion entre ses extra-terrestres dans les dernières images de Hope. L'avenir nous dira si le réalisateur saura me donner tort.

Hope est sorti sur les écrans français le mercredi 28 octobre 2026.

Akatomy, le mercredi 4 novembre 2026
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