L'Exorcisme interdit
Sœur Junia, religieuse non ordonnée férue d'exorcisme, assiste, sans autorisation, une mère dans le traitement de son fils Hee-joon, dont elle est persuadée qu'il montre des signes de possession démoniaques. Luttant contre la résistance du père Paolo, qui s'occupe des soins du garçon en milieu hospitalier, peu enclin à croire au Malin et persuadé qu'il s'agit d'un trouble clinique, et contre le scepticisme de Sœur Michaela, la protégé du médecin pourtant dotée d'un lien très fort avec le monde des esprits, Junia va s'efforcer d'obtenir l'aide de cette dernière pour effectuer le rituel d'exorcisme à même de libérer Hee-joon...
Suite spirituelle en forme de spin off du film The Priests de Jang Jae-hyeon (Svaha: The Sixth Finger, Exhuma) – que je n'ai pas vu -, Dark Nuns pourrait n'être qu'un film d'exorcisme de plus, teinté de féminisme ; il est à la fois plus, et beaucoup moins que cela.
Commençons par le côté minoré, et n'y allons pas par quatre chemins : Dark Nuns n'est vraiment pas très bon. Le film ne verse jamais dans l'horreur, décide sciemment de faire exclusivement de son histoire de possession un combat intime pour l'âme de Sœur Junia, atteinte d'un cancer de l’utérus, tout en faisant fi de toute structure narrative à même de susciter l'intérêt du spectateur. Pas de rebondissement ou de revirement, pas plus de manifestation démoniaque – personne, à part sa mère, n'est victime de Hee-joon si ce n'est lui-même - Dark Nuns dépeint simplement ce parcours de conviction vers la pratique du rituel, et les résistances auxquelles est confrontée Junia, qui se lèvent une par une, sans aucun suspense ni bras de levier réellement perceptible. Kwon Hyeok-jae cadre ses personnages de façon très serrée, ancrant son film dans une intimité, très télévisuelle, que l'on ne partage jamais tant ceux-ci – à l'exception de Michaela, dont les talents de perception ne servent pourtant pas à grand chose – sont peu développés. Le réalisateur abuse de la profondeur de champ et des dirty shots (ces plans dits avec « amorce », dans lesquels l'interlocuteur du champ-contrechamp apparaît très légèrement flou en lisière de cadre), alors qu'il aurait gagné à donner de l'air à ses cadrages, pour donner à ses protagonistes plus d'espace pour exister. Quant au rituel final, consistant à obtenir le nom du démon qui possède Hee-joon, il se résout de lui-même, comme si la patience seule suffisait à venir à bout de l'entité.
Qu'y a-t-il de positif dans Dark Nuns, alors, me demanderez-vous ? Son approche de l'exorcisme, qui nous change de l'ordinaire. Le film part du principe, verbalisé par Junia, qu'il faut utiliser toutes les armes à disposition lorsque l'on fait face à une possession, et déploie dès lors un continuum dans la foi, de la superstition à la religion, qui fait chaud au cœur. En lorgnant du côté de l'ésotérisme du rosicrucianisme, Junia pioche dans le chamanisme comme dans le christianisme, verse des jerrycans d’eau bénite pour calmer le possédé, utilise les cartes de tarot autant que les clés de Saint Pierre... et rappelle que la foi et la religion sont deux choses différentes, qu'un système de croyance personnel est bien plus valable qu'une pratique fermée aux alternatives, codifiée dans ses moindre détails indépendamment de la réalité des choses. L'approche, en plus d'être visuellement riche, est rafraichissante. Dommage qu'elle soit lestée par la platitude d'un ensemble que les acteurs, pourtant tous bons, ne peuvent aucunement rehausser.
Dark Nuns est disponible en DVD et Blu-ray en France chez L'atelier d'images, sous le titre L'Exorcisme interdit.


















